Macguffin : l’astuce préférée de Hitchcock

Connaissez-vous le MacGuffin ? Un whisky écossais ? Non. Un Lord des Highlands ? Encore raté !
Il s’agit en fait d’une technique de narration utilisée de manière systématique par le maître incontesté du suspense au cinéma : Alfred Hitchcock.

Les origines

Le MacGuffin est souvent attribué à Hitchcock. Certes, il est celui qui l’utilise systématiquement dans ses réalisations. Pourtant, les écrivains emploient cet artifice depuis bien avant la création du cinéma par les frères Lumière.
D’ailleurs, Hergé peut également en revendiquer la paternité. Ce mythique auteur de bande dessinée l’utilise régulièrement dans Tintin. Vous vous souvenez de la statuette dans « l’oreille cassée » ? Eh bien, c’est un MacGuffin.
Dans ce cas, où est le mérite de Hitchcock dans ce dossier ? Eh bien, il est le premier à expliquer concrètement le principe et à lui donner une dénomination aussi mystérieuse.
Selon la légende, Une conversation entre Hitchcock et François Truffaut est à l’origine du terme MacGuffin :

« Deux voyageurs se trouvent dans un train en Angleterre. L’un dit à l’autre : Excusez-moi Monsieur, mais qu’est-ce que ce paquet à l’aspect bizarre qui se trouve au-dessus de votre tête ? – Oh, ce n’est qu’un MacGuffin. – Et à quoi cela peut-il servir ? – Cela sert à piéger les lions dans les montagnes d’Écosse – Mais il n’y a pas de lion dans les montagnes d’Écosse – Alors, il n’y a pas de MacGuffin ».

Qu’est-ce que c’est au juste ?

De quoi s’agit-il finalement ? Laissons parler le maître Hitchcock lui-même. En 1939, il en donne une définition célèbre lors d’une conférence à l’université Columbia :

« C’est l’élément moteur qui apparaît dans n’importe quel scénario. Dans les histoires de voleurs, c’est presque toujours le collier, et dans les histoires d’espionnage c’est fatalement le document ».

Le MacGuffin est donc un élément de l’intrigue qui sert de justification pour démarrer ou faire avancer l’Histoire.
Chez Hitchcock, un objet généralement joue le rôle d’un MacGuffin.
Cependant, il peut s’agir tout autant d’un personnage ou d’un événement. Dans la suite de l’histoire, le MacGuffin doit se révéler anecdotique.
Cet élément est souvent défini de manière floue par l’auteur : une statue ancienne, un document secret, un cousin éloigné… Ainsi, une dose de mystère entoure cet élément de l’intrigue sur le moment. Cela permet de susciter la curiosité du spectateur et amène une tension accrocheuse dans l’histoire. Mais au final ce n’est qu’une coquille vide. C’est juste un déclencheur pour amener l’action sur un moment clé de l’histoire. Hitchcock a d’ailleurs déclaré à ce sujet :

« c’est extrêmement important pour mes personnages, mais sans aucune importance pour moi, le narrateur ».

Cet insert est ainsi très utilisé pour débuter un scénario. Cela permet d’introduire le film de manière dynamique avec les personnages et d’amener l’intrigue de manière logique vers un événement majeur de l’histoire.

Un autre effet présente un intérêt scénaristique. D’ailleurs, il est rarement évoqué mais tout aussi important. Le MacGuffin sert de catalyseur pour révéler un trait de caractère du personnage face à une situation inédite.

2 erreurs à éviter

Le MacGuffin est un procédé de narration efficace. Mais attention. Mal employé, il peut plomber votre scénario.

Erreur #1 Un MacGuffin trop intriguant

Imaginez votre personnage principal découvrant une boîte magique. Cet objet permet de voyager dans le temps. C’est un élément extraordinaire. Mais attention, il faut introduire ensuite des personnages intrigants et une histoire puissante. Dans le cas contraire, Le MacGuffin cannibalise votre film puisque les personnages et l’intrigue paraissent trop fades.

Erreur #2 Un MacGuffin trop commun

L’insert doit susciter la curiosité pour attirer l’attention sans révéler sa nature exacte. Il faut donc jouer sur les attributs. Si c’est un document, ajoutez une dose de secret. Si c’est un bijou, ajoutez-lui une origine historique intrigante, etc. C’est simple, Il faut du mystère !
Si l’insert est trop banal, le procédé ne fonctionne pas à l’écran.

Un exemple avec Hitchcock

Quoi de mieux qu’un film mythique pour illustrer une technique scénaristique. Pour l’illustration, « La mort aux trousses », ce classique réalisé par Hitchcock, est tout indiqué. Selon le réalisateur, ce film contient d’ailleurs son meilleur MacGuffin.
Le personnage principal, Roger Tornhill, est capturé par erreur. Ses ravisseurs le confondent avec un certain George Kaplan, un prétendu espion en possession de renseignements précieux (notre Macguffin Hitchcockien!). Dans l’incapacité de transmettre ces informations, une tentative d’homicide par les auteurs de l’enlèvement contre TornHill avorte. Poursuivi à travers le pays, ce dernier cherche ensuite à démêler cette affaire.
Le MacGuffin est parfait dans ce film. Il sert de point de départ à l’intrigue. La réelle nature de ces renseignements ne sera jamais dévoilée dans ce film et occupe une place secondaire dans l’intrigue. Pourtant c’est l’élément qui cristallise la convoitise des personnages et le complot au début de l’histoire pour tenir en haleine le spectateur.

Vous disposez maintenant d’une méthode de narration pour écrire un début de scénario tonitruant.

J’espère avoir pu vous aider.

A bientôt,

Timothée

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