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Descriptions de scénario: soyez efficace, pas pédant !

Vous écrivez un scénario ? Attention à la manière de décrire vos scènes ! Ne tombez pas dans le piège de la poésie inutile ou des descriptions à rallonge. Apprenez à concilier style, fluidité et efficacité pour captiver votre lecteur.

4 min de lecture
Descriptions de scénario: soyez efficace, pas pédant !

Je lis un scénario de court-métrage pour me coucher. L'histoire est bonne, vraiment bonne. Mais la manière d'écrire me freine.

L'auteur est un bon scénariste, mais son envie de rendre chacune de ses descriptions poétique passe mal. Certains peuvent apprécier, bien sûr, mais pour ma part, je trouve ça gênant à la lecture.

Cela me rappelle mes tout premiers scénarios. Je me prenais pour Victor Hugo. Chacune de mes descriptions était l'occasion de montrer que “je savais faire”.

Et c'est là que ça coince.

Dans cet article, j'aimerais que nous nous posions sincèrement la question: comment gérer les descriptions de nos scénarios ?

Le piège des descriptions: style ou substance ?

Lorsqu'on rédige un scénario, la tentation est grande d'embellir chaque ligne, chaque description. Mais est-ce toujours judicieux ?

Le vrai poète: une plume qui sublime

Alors peut-être que vous êtes un écrivain né. Un véritable albatros !

Et c'est super !

Dans ce cas, votre talent est un atout majeur. La poésie a sa place dans un scénario si elle est bien gérée et bien menée. Mais rares sont ceux qui en sont capables !

Lisez les scénarios du CNC, vous verrez que certains auteurs et autrices ont une écriture sublime, jouant comme un véritable exhausteur de goût. Leur prose ne se contente pas de décrire, elle ajoute une dimension, une atmosphère, qui enrichit considérablement l'expérience de lecture. Pensez à un scénariste comme Charlie Kaufman pour son travail sur Eternal Sunshine of the Spotless Mind, où les descriptions sont poétiques et essentielles à la compréhension de l'état d'esprit des personnages et de l'univers onirique. C'est le pied à la lecture, on sent la maîtrise et cela embellit les images.

Combo gagnant.

Le faux poète: l'artifice qui dessert

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Moi quand je pense écrire des descriptions métaphysiques.

Et puis, il y a une autre catégorie d'auteur et autrice. Celle des “faux poètes”.

Et qui en fait partie ? Moi !

Les faux poètes sont ceux qui utilisent des descriptions à rallonge pour faire beau sans que cela soit utile ou efficace.

Le faux poète veut que l'on salue sa capacité à écrire et ça, ça craint. À la lecture, on ressent très clairement le côté pédant de celui qui a écrit. Par exemple, décrire une simple porte comme « Une bouche béante sculptée par les siècles, dont les planches vermoulues exhalaient un soupir ancien à chaque brise effleurant son bois noueux » peut sembler élégant, mais si l'enjeu dramatique n'exige pas une telle emphase, c'est une distraction. Le lecteur se demande alors pourquoi tant de détails pour un élément qui n'a pas d'importance capitale pour l'intrigue ou le personnage.

Et le lecteur perd son temps en lisant des lignes inutiles.

Si comme moi vous utilisez une écriture “poétique”, posez-vous sincèrement la question: ces envolées lyriques sont là pour faire beau ou sont-elles vraiment utiles ?

Et dernière question que vous devez vous poser: ” Suis-je un poète né ?”

L'écriture épurée: l'efficacité au service du récit

Si à cette dernière question la réponse est non, alors lisez bien ce qui va suivre. J'ai appris cette technique auprès de supers auteurs qui m'ont bien aidé à corriger le tir.

Essayez d'être hyper, hyper épuré.

Aucune envolée lyrique. Des descriptions très tranchées, très sèches. Pensez au style de scénaristes comme les frères Coen: leurs descriptions sont précises, visuelles, mais directes, laissant l'image raconter le reste. Par exemple, au lieu de « La faible lueur vacillante du lampadaire décrépi peignait l'asphalte humide de reflets mélancoliques, tandis que les passants, silhouettes solitaires, se pressaient contre le froid mordant de la nuit », on écrira plutôt « LAMPAIRE. Lumière faible. Rues mouillées. Gens pressés, blottis dans leurs manteaux. » Cela donne la même information visuelle sans alourdir le texte.

Les avantages d'un style concis

Il y a plusieurs avantages à cela.

  1. Fluidité de lecture: Votre scénario se lira vite. Et on apprécie toujours la fluidité d'un scénario qui se lit vite. La lecture d'un scénario, surtout si on ne connaît pas l'auteur, peut être pénible. Elle demande de l'énergie et de la concentration. Personne n'en a à volonté. Autant en utiliser le moins possible. Les grandes lignes de texte demandent plus d'efforts et coupent le rythme.
  2. Clarté et impact: On ne sera pas gêné par des descriptions bancales. Plus de problème de style un peu lourd. On ne pourra pas vous le reprocher. Chaque mot compte, et l'image mentale créée est plus nette. Un producteur ou un réalisateur doit vite visualiser la scène.
  3. Rythme d'écriture: Vous aurez plus de rythme à l'écriture. Vous vous concentrerez sur l'essentiel. C'est une expérience agréable que d'écrire de manière aussi tranchée. Cela vous force à aller droit au but et à ne garder que les informations vitales.

Mais ça malheureusement, ce n'est que mon avis.

J'ai entendu tout et son contraire. Et je suis certain que vous n'êtes pas tous d'accord avec ça.

L'équilibre entre concision et évocation

« Vous devriez rajouter plus de descriptions » et « L'écriture épurée comme vous le faites marche très bien ! ».

J'ai déjà entendu les deux. Certains veulent « ressentir les décors et les longueurs », d'autres préfèrent aller droit à l'essentiel. Car l'écriture épurée est un style elle aussi, qu'il faut savoir maîtriser. Elle ne doit pas rimer avec absence de détails importants, mais plutôt avec pertinence.

À la question: doit-on en faire des caisses dans nos descriptions ? La réponse est évidemment non. Personne ne doit en faire trop.

La technique de l'élagage: de 5 à 3 lignes

Avec des amis scénaristes, nous organisons souvent des lectures de scénario des uns et des autres.

Je me souviens d'un scénariste donnant un conseil à un autre:

« Tu sais, ton écriture est belle, mais tu devrais essayer de passer tes descriptions de 5 lignes à 3. Tu gagnerais en efficacité. »

Et je pense que c'est un très bon conseil. Bien meilleur que tous ceux donnés plus haut qui sont purement subjectifs.

Aucune de vos descriptions ne doit être inutile dans un scénario. Chaque ligne doit servir le récit.

Sans aller vers un style très tranché, essayez de supprimer toutes les lignes inutiles. Votre scénario sera plus agréable à lire et plus aéré. C'est un exercice d'auto-édition essentiel. Coupez les adjectifs superflus, les adverbes redondants, les phrases trop longues. Chaque mot doit avoir sa raison d'être, soit pour faire avancer l'action, soit pour révéler un trait de caractère, soit pour créer une ambiance nécessaire.

En conclusion

L'art de la description en scénario réside dans l'équilibre. Visez la clarté et l'efficacité, tout en conservant la capacité d'évoquer l'atmosphère et les émotions. Ne tentez pas de prouver vos talents littéraires à tout prix. Servez votre histoire, et votre style en sera d'autant plus apprécié. Pensez au lecteur, qu'il soit producteur, réalisateur ou comédien, et faites en sorte que la lecture de votre scénario soit une expérience fluide et inspirante, non un obstacle.

J'espère avoir pu vous aider. N'hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en pensez. Je n'ai pas la science infuse, bien au contraire. Mais en mettant nos avis en commun, nous pourrons certainement répondre à cette question avec plus d'objectivité.

Je vous souhaite le meilleur.

Timothée

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