Pourquoi te libérer de ton égo est essentiel pour grandir en tant qu'auteur?
Soyons honnêtes, jeune auteur: nous avons tous un égo. Et toi, qui portes l'ambition de raconter des histoires et de laisser une trace, peut-être plus que la moyenne. Il est tentant de vouloir être lu, rémunéré, acclamé, n'est-ce pas? Mais cet égo, parfois, peut devenir un véritable frein à ton développement artistique.
Dans cet article, je souhaite te partager mon propre parcours avec un égo… disons, bien présent, et comment apprendre à le tempérer m'a permis de véritablement m'épanouir en tant qu'auteur. On va te tutoyer, jeune auteur, car on est tous passés par là.
Quand l'égo te ferme les yeux sur la critique constructive
«Aucun talent artistique dans ce dossier.» Voilà la phrase cinglante qu'un membre d'un jury m'a un jour assénée. Le retour était plus étoffé, mais ce début résonnait comme un couperet. J'avais mis tout mon cœur, toute mon énergie dans ce projet, et je me suis senti incompris, voire attaqué personnellement.
Ma réaction, typique d'un égo blessé, fut celle de la victime: «Ces gens ne comprennent rien à rien!» Pendant longtemps, j'étais convaincu d'avoir raison. Et pourtant, avec le recul, je dois admettre une chose: ils n'avaient peut-être pas la meilleure manière de le formuler, mais sur le fond, leur critique était juste.
Quand j'ai relu mon travail, j'ai réalisé qu'il n'y avait effectivement rien de «transcendant» dans ce dossier. C'est une leçon difficile à apprendre: nous avons tendance à croire que l'équation EFFORTS + SACRIFICE = RÉCOMPENSE est universelle. Or, si efforts et résilience sont indispensables, ils ne garantissent pas à eux seuls le succès. Ton égo, seul, n'y suffira pas.
L'exemple est fréquent dans le cinéma. Combien de jeunes réalisateurs, convaincus d'avoir créé le chef-d'œuvre du siècle, se ferment aux remarques d'un producteur ou d'un scripte? Pense au personnage de Riggan Thomson dans Birdman, aveuglé par sa propre grandeur, ou encore à la difficulté d'un scénariste comme Charlie Kaufman à accepter les contraintes créatives. Ces histoires nous montrent qu'un certain désenchantement est parfois nécessaire pour voir plus clair.

Retrouver le plaisir originel de l'écriture
Blessé et incompris, je me suis enfermé dans mon égo, persuadé que les autres étaient des idiots et que moi, avec mes quelques mois d'expérience, je savais tout. Alors, j'ai écrit un autre projet, non pas par passion, mais pour «réussir,» pour «prouver que je savais». Et c'est là que le processus a commencé à sérieusement mal tourner. Cette écriture par égo, hormis peut-être pour certains rappeurs américains au verbe flamboyant, est rarement payante.
Te souviens-tu des premières histoires que tu écrivais enfant? Du pur plaisir de créer, sans barrière psychologique, sans calcul, juste l'envie de raconter? Ce sont ces sensations qu'il faut retrouver et chérir. Si tu perds ce plaisir, tu perds l'essence même de ta démarche artistique. Écrire uniquement pour l'égo aboutit souvent à une écriture complaisante et une idée bancale. L'histoire s'en ressent, elle manque de sincérité.
De l'abandon à la lucidité: l'égo comme obstacle à la persévérance
Mon projet “nul” m'a poussé à l'abandon. J'ai arrêté d'écrire, arguant que «les autres étaient des incapables». Un mois, deux mois, trois mois… Et puis, le recul est arrivé. L'écriture me manquait. Pourquoi ne reprenais-je pas la plume? La lucidité m'a frappé: avant, j'écrivais pour moi, par passion. Maintenant, j'écrivais pour des commissions, pour plaire, pour prouver. Mon propre égo m'avait bloqué.
N'écris jamais pour autrui ou pour te prouver quelque chose. Cela se ressentira à la lecture. Écris avant tout pour toi, parce que ton histoire mérite d'être contée. Tu dois faire preuve d'humilité face à ton projet. Tu es au service de ton histoire, pas l'inverse. Quand tu te rendras dans des festivals, tu rencontreras des auteurs brillants et souvent humbles. Bien sûr, il y aura quelques exceptions égocentriques, mais la majorité sera composée de personnes sincères, qui vivent pour leurs récits. Ils portent leurs projets comme on porte un enfant, avec conviction et passion.
J'entends souvent des critiques acerbes sur les sélections du CNC, accusées de ne choisir que des «drames sociaux barbants». Mais as-tu déjà pris le temps de lire ces dossiers? Mets ton égo de côté et plonge dans ces récits. Tu n'aimeras peut-être pas le sujet ou le style, mais tu réaliseras à quel point ces auteurs sont sincères. Déposer un dossier de financement demande une honnêteté, une conviction et une urgence narrative profondes. Il est presque impossible d'aller au bout d'un tel processus, jalonné de hauts et de bas, sans cette résilience et cette authenticité. Mon égo m'a fait ignorer les critiques et frôler l'abandon; le tien peut lui aussi t'éloigner de ta véritable vocation.
Le changement, c'est maintenant: adopte la posture de l'auteur
J'ai décidé de changer. Désormais, je prends du recul. Les critiques sur mes projets? Tant mieux! Cela signifie que mon travail est lu et que des retours m'aident à progresser. Ai-je des choses à apprendre? Parfait! Je suis là pour ça, j'écoute et je m'investis. Mon projet n'a pas été retenu? Pas de souci, le prochain sera encore meilleur.
Pour résumer, voici quelques principes clés:
- Progresse constamment: Ne te repose jamais sur tes lauriers.
- Sois constructif: Transforme chaque critique en opportunité d'apprentissage.
- Écris avec plaisir: Retrouve la joie pure de la création, celle de tes débuts, celle de l'enfant qui rêve.
- N'écris jamais pour les autres: Ton cœur doit être la seule boussole.
- Aime tes histoires et tes personnages: Ils sont le reflet de ton âme d'auteur.
- Ne te décourage pas: Le chemin est long, mais chaque pas compte.
Ton film, ta série, ton roman, tu le feras. Que ce soit dans quelques mois ou des années, l'important est de ne jamais perdre de vue ta passion. Sauf si tu te laisses engloutir par ton égo, cet ennemi silencieux de la créativité. Je suis persuadé que tu en es capable.
Conclusion
J'espère que cet article t'aura éclairé. Ce n'est que mon humble avis, bien sûr, je ne détiens aucune vérité absolue. Tu es libre d'être d'accord ou non, et c'est ce qui fait la richesse de nos échanges. Partageons nos expériences, apprenons les uns des autres. Car ensemble… tu connais la suite.
