Le genre de votre histoire : une question stratégique pour les auteurs
Avant de vous lancer dans l'écriture de votre scénario, une question fondamentale mérite toute votre attention : quel est le genre de votre histoire ? Le genre cinématographique n'est pas qu'une simple étiquette, c'est un cadre aux multiples facettes, façonnant les attentes du public, les décisions marketing et, surtout, les contraintes d'écriture. Dans cet article, nous explorerons pourquoi cette classification est essentielle pour vous, auteur, et comment en maîtriser les subtilités.
Genre et contraintes d'écriture : un dialogue avec le public
Horreur, western, thriller, comédie romantique: ces termes désignent des genres cinématographiques. À l'instar des plateformes de streaming ou des librairies, l'industrie classe les œuvres pour faciliter leur identification par le public. Mais au-delà de cette fonction première, le genre joue plusieurs rôles clés.
Un outil marketing et une boussole pour le public
Le genre est avant tout un puissant outil marketing. Il permet aux producteurs de positionner un film sur le marché, parfois même de lancer des vagues thématiques (pensons à l'engouement pour les films de super-héros). Pour le spectateur, le genre est une promesse. Il renvoie à des codes, à des ambiances et, inévitablement, à des goûts personnels. Si vous n'appréciez guère les comédies musicales, par exemple, le genre sera la première information qui vous fera passer votre chemin.
De plus, le genre crée un effet de "tribalisme". Le cinéma d'horreur, par exemple, a ses fans dévoués qui se reconnaissent entre eux, tout comme il a ses détracteurs. Comprendre cela est essentiel, car votre film s'adressera à une communauté, ou tentera d'en séduire une nouvelle.
L'auteur face aux attentes du genre
En tant qu'auteur, la connaissance des genres est primordiale. Vous ne concevez pas une comédie de la même manière qu'un western. Chaque genre porte en lui des conventions qui créent des attentes spécifiques chez le spectateur. Ignorer ces attentes, c'est prendre le risque de perdre votre public.
Robert McKee, dans son ouvrage "Story", souligne cette nécessité avec acuité :
Le raffinement dans la connaissance des genres dont fait preuve le public confronte l’auteur à ce défi critique : il doit répondre à leur attente mais en créant des moments frais et inattendus s’il ne veut pas courir le risque que les spectateurs s’ennuient. Il est impossible d’atteindre ce double objectif s’il ne connaît pas les genres mieux que le public.
Story, Robert McKee p.80
Autrement dit, pour maîtriser votre histoire, vous devez maîtriser les rouages de son genre.
Une typologie des genres et leurs conventions
Les genres cinématographiques sont nombreux et variés. En voici quelques exemples courants :
- Le film de guerre
- Le western
- Le film d’horreur
- Le film de science-fiction
- Le film fantastique
- La comédie
- La comédie musicale
- Le drame social
- Le film d’action
La plupart de ces genres comportent également des sous-genres. Le film d'horreur, par exemple, englobe le film d'épouvante, le slasher, le film de possession, etc. Chaque sous-genre possède ses propres nuances et codes.
Ces classifications se définissent par ce que l'on appelle des conventions de genre :
Les conventions de genre donnent lieu à des décors, des rôles et des événements spécifiques et à des valeurs qui définissent le genre et le sous-genre.
Story, Robert McKee p.86
Un film de guerre, par exemple, impliquera souvent des uniformes, des champs de bataille, des héros confrontés à des dilemmes moraux en temps de conflit. Un western, lui, évoquera des paysages désertiques, des duels, des figures de cow-boys et des thématiques de justice et de liberté. Connaître ces éléments est le premier pas vers une écriture solide.
La nécessité du tour d'horizon : immerssion et analyse
Pour véritablement cerner le genre de votre histoire, au-delà des définitions, une démarche est indispensable : regarder des films, beaucoup de films. Si vous écrivez un film d'horreur, plongez-vous dans les classiques du genre, mais aussi dans des œuvres moins connues. Étudiez autant les succès que les échecs, car ils sont tous porteurs d'enseignements. Analysez ce qui fonctionne, ce qui surprend, et ce qui lasse. Cette veille cinématographique est une source inépuisable d'inspiration et de compréhension des dynamiques narratives.

L'art de mélanger les genres : quand le métissage narratif crée l'originalité
Vous vous demandez peut-être si votre film peut appartenir à plusieurs genres. La réponse est un grand OUI ! Nombre de films s'épanouissent en mélangeant deux, trois, voire quatre genres différents. C'est souvent là que l'originalité et la surprise opèrent.
Pensons au film Grave (Raw en version originale) qui a marqué les esprits en fusionnant le teen movie, le film d'horreur gore et même le film de cannibalisme. Sa réalisatrice a brillamment jonglé avec les codes de chaque genre pour surprendre et déstabiliser le spectateur. Le cross-genre peut même devenir un axe marketing à part entière. L'exemple de Cowboys et Envahisseurs, qui unit le western et la science-fiction, en est une illustration frappante.
Casser les codes : réinventer le genre sans le trahir
Maîtriser les codes permet aussi de les briser avec intention. Le genre ne doit pas être une camisole de force, mais un tremplin pour la créativité. Votre mission est de "réinventer les choses", de faire preuve d'un "effort de guerre" pour surprendre votre public.
Comme le dirait Sun Tzu dans "L'Art de la Guerre" :
Attaque ton ennemi quand il n’est pas préparé, apparais quand tu n’es pas attendu.
L’Art de la Guerre, Sun Tzu
Il ne s'agit pas de réinventer la poudre, mais d'apporter une perspective nouvelle, un twist inattendu, une approche originale au sein d'un cadre connu. C'est cette alchimie entre respect des attentes et surprise qui captive durablement le public.
Genres boudés, genres à la mode : une réalité à nuancer
Il est naturel de s'interroger sur l'attrait des genres pour les financeurs ou les plateformes. On entend souvent dire que tel ou tel genre est "à la mode" ou "boudé". Il est vrai que les tendances évoluent. Cependant, cette réalité est à nuancer.
Il y a quelques années, j'ai participé à un concours de pitch pour un film d'horreur. Cela ne s'est pas passé comme prévu, un membre du jury m'ayant même avoué ne "pas aimer le cinéma d'horreur et ne jamais aimer le film d'horreur", dès le début de son retour. J'ai terminé dernier.
Sur le coup, j'ai blâmé le genre de mon histoire. Mais avec le recul, j'ai réalisé que la faiblesse de mon projet était en cause, et non le genre lui-même. Mon choix de genre, bien que clivant, avait peut-être même suscité un certain intérêt, preuve qu'une bonne histoire peut transcender les préjugés.
Bien sûr, les commissions de financement et les producteurs ont leurs préférences. Les "modes" de genres existent : l'horreur a pu connaître des périodes de vaches maigres puis de forte visibilité. S'adapter à ces modes peut sembler une stratégie, mais elle est souvent bancale. L'essentiel reste la qualité de votre script et votre capacité à défendre votre projet avec passion.
Le genre est aussi une question de goût personnel pour l'auteur. Écrivez ce qui vous passionne. Comme le disait Karl Lagerfeld avec justesse :
La mode se démode, le style… jamais.
Karl Lagerfeld
Votre style, votre voix unique, et une histoire bien construite sauront toujours trouver leur public, quel que soit le genre.
J'espère que ces pistes vous sont utiles. À très vite pour de nouveaux conseils !
Timothée.
