L'impatience, votre pire ennemie dans le cinéma
Votre projet de scénario vient d'être refusé aux aides régionales ? La prochaine commission du CNC n'est que dans plusieurs mois ? Ces délais peuvent être frustrants, c'est compréhensible. Vous avez l'impression que votre film, vous le feriez coûte que coûte, quitte à y mettre vos propres économies. Mais attention, c’est souvent là que l'on commet une erreur.
Penser utiliser votre argent pour réaliser votre projet dans l'immédiat est risqué, car cela peut vous piéger dans le cercle vicieux de l'impatience.
Monter un projet audiovisuel dans les règles de l'art est un marathon, pas un sprint. Il faut l'intégrer pleinement. Même pour un court-métrage, entre la rédaction de la première version du scénario et le résultat final, comptez au minimum deux ans. Ce laps de temps est nécessaire pour trouver une société de production, réécrire, élaborer un dossier de financement solide, obtenir les aides, tourner, monter, et enfin diffuser votre œuvre. Parfois, cela prend encore plus de temps. Un ami réalisateur, Thomas, m'a confié que son court-métrage, signé en production en 2016, n'est sorti qu'en 2019, après un tournage en 2018. Cela représente quatre ans d'un travail acharné, et il s'agit pourtant d'un auteur expérimenté et talentueux.
Si vous envisagez de réaliser votre court-métrage en un an, imaginez plutôt le double. Un exemple personnel : je travaillais sur un dossier de court-métrage qui, après un an de développement, n'obtenait que des refus aux aides régionales et au CNC. La tentation fut grande de tout financer moi-même. Mon impulsion : "le film, on le fait. J'ai de l'argent de côté, je m'en fous on le fait". Ma productrice, moins emballée par l'idée d'une autoproduction, m'a finalement fait réaliser que réaliser un court-métrage de manière autoproduite n'aurait eu d'intérêt que pour un projet purement amateur. Si votre ambition est d'intégrer le circuit professionnel, gérer votre impatience est essentiel.
Cinq conseils pour gérer votre impatience dans le développement de vos projets
1. Votre argent, une ressource précieuse (et limitée)
Vous avez économisé 4 000 euros ? C'est une somme considérable. Mais un "vrai" court-métrage coûte généralement entre 20 000 et 100 000 euros, voire plus. Êtes-vous vraiment prêt à investir une telle somme, souvent insuffisante, au risque de compromettre la qualité de votre projet ou de vous endetter ? Utiliser votre propre argent devrait être la toute dernière option, et seulement si elle est stratégiquement viable, par exemple pour un pilote en vue d'une série ou un projet très indépendant et à très petit budget.
2. La persévérance, votre meilleure stratégie
Il existe toujours des solutions pour financer un projet. Avez-vous exploré toutes les pistes ? Pensez au crowdfunding, aux aides municipales, aux concours de scénario, aux dispositifs de région moins connus. Ratissez le plus largement possible. Ne lâchez rien après le premier ou le deuxième refus. Chaque "non" vous rapproche d'un "oui" si vous adaptez votre approche et votre projet.
"La persévérance est la mère du succès." C'est particulièrement vrai dans le cinéma, où les délais sont intrinsèques au processus de création et de financement.
3. Apprenez la patience
Monter un dossier de financement est une véritable école de patience. Les délais sont souvent longs, comparables à une attente interminable à la poste. Acceptez cette réalité et utilisez ce temps pour prendre du recul, peaufiner votre scénario, ou simplement vous détendre. Comme l'a dit le scénariste Aaron Sorkin, "Les bonnes choses arrivent à ceux qui attendent, mais des meilleures choses arrivent à ceux qui travaillent pendant qu'ils attendent."
4. Ne restez pas les bras croisés : développez plusieurs projets
Avoir un seul projet en développement est idéal pour en garantir la qualité d'écriture. Cependant, face aux délais incompressibles du secteur, il est judicieux de travailler sur plusieurs projets simultanément, à des stades différents. Votre dernier projet vient d'être déposé au CNC ? Profitez de ces trois mois d'attente pour démarrer un nouveau scénario ou développer une idée. Je vous suggère de jongler avec deux ou trois projets au maximum. Au-delà, vous risquez de vous disperser et de ne faire avancer aucun d'entre eux concrètement. Cette stratégie vous permet de rester actif, créatif, et d'augmenter vos chances d'avoir un projet abouti plus rapidement.
Par exemple, si vous avez un long-métrage en phase de recherche de financement, vous pourriez travailler sur l'écriture d'un court-métrage ou d'un épisode pilote de série en parallèle. Cela permet de varier les plaisirs créatifs et de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
5. Votre projet mérite d'être traité avec soin
Votre scénario est comme un enfant : il ne mérite pas d'être bâclé à cause de votre impatience. Il a besoin de ce temps de gestation pour murir, pour que vous trouviez les meilleurs partenaires, les meilleurs financements, et enfin, pour que vous le réalisiez dans les meilleures conditions possibles. Cette exigence de qualité implique, par essence, de la patience. Un film comme Parasite de Bong Joon-ho ou Roma d'Alfonso Cuarón n'aurait jamais atteint un tel niveau de finition sans un développement et une production soignés, qui prennent du temps.
J'espère que ces conseils vous aideront à naviguer dans le monde exigeant du cinéma. Je vous souhaite, comme toujours, le meilleur dans vos projets.
Timothée
